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Une commémoration sans âme

January 13, 2018

Le rouge qui accueille les visiteurs donne le ton. Patchwork d'anciens bouts de tapis, il rassemble des nuances. Visiblement fatigué par l'usage, le mosaïque de tapis donne un air de pompes funèbres de seconde zone à la cérémonie dès l'entrée sur les trois stands pauvrement aménagés qui accommodent ministres, parlementaires, directeurs généraux, diplomates et autres invités. Le décor fait un peu bricolage de dernière minute. Un dernier coup de marteau au pied d’un des stands tranche avec le silence de l’attente et confirme bien des choses, ce rapport particulier au temps, cette velléité presque pathologique à négocier avec l’exigence de bien faire.

Le ciel, maitre de ses états, a enfilé son costume gris cendre et le vent, un peu frais, glisse sur le drapeau national mis en berne dans la cour, orpheline du palais national où l’on honore la mémoire des victimes du tremblement du 12 janvier 2010 pour ne pas oublier, avec l’espoir affiché de reconstruire autrement, de construire notre résilience face aux aléas sismiques et leur funeste aiguillon.

Les évidences, au moment de la cérémonie interreligieuse, reviennent. Presque comme des regrets de vieille dame. Ce n’est pas le séisme qui a causé tant de dégâts mais notre comportement, notre façon de construire, redit, une nouvelle fois, une fois de plus en huit ans le numéro un de l’Église anglicane en Haïti, monseigneur Zaché Duracin.

Il faut que l’État s’engage de plus en plus, plus encore à prendre des dispositions pour garantir la protection des citoyens en faisant respecter les règles de construction et d’aménagement du territoire, insiste l’homme d’Église auprès de son audience dans laquelle se trouve le président Jovenel Moïse, son épouse Martine Moïse, le Premier ministre Jack Guy Lafontant, les présidents des deux chambres, Gary Bodeau, Joseph Lambert et la vice-présidente du CSPJ, Me Wendell Coq dont le visage est resté fermé.

 

Cet appel, saisi à la volée par l’évêque des Nippes, monseigneur Pierre André Dumas, est amplifié. Il y a un besoin pressant de construire, outre les bâtiments, les gens. « Il faut que notre pays se relève », soutient Pierre André Dumas, agacé par l’insalubrité ambiante, responsable de l’étiquette « pays fatras » accolée à Haïti.

L’évêque des Nippes appelle aussi de ses vœux le rassemblement des énergies, dans le dialogue fraternel, pour lutter contre la dictature de l’individualisme, l’attachement à l’argent, la corruption, la gabegie, l’impunité. « Il faut nous rendre compte que c’est ensemble que l’on peut remettre ce pays debout », souligne le monseigneur dans cet écrin où il y a de grandes têtes qui ont aussi entendu un autre appel, celui du pasteur Antoine Rigaud Amilcar pour un « retour au patriotisme d’antan », pour que l’on se prenne en charge, pour que l’on ne dise plus qu’Haïti est un pays fatras.

 

Le président Jovenel Moïse, en soulignant qu’il ne faut pas que les gens construisent des maisons dans n’importe quelle condition et à n’importe quel endroit, indique que cette surdité, ce refus de respecter les règles, a déjà causé des pertes en vie humaine dans le pays. « Il faut que les institutions publiques jouent leur rôle », indique le président, abonné, comme un citoyen lambda, à la quémande pour que les services publics soient fournis. Plus loin, sur un ton de campagne électorale, le président Jovenel Moïse dit attendre le vote par le Parlement de la loi sur la normalisation. Pour lui, il n’est pas normal que n’importe quel matériau de construction et autres produits de consommation de masse continuent de rentrer sans contrôle sur le territoire national. Le pays est comme une savane, illustre Jovenel Moïse, qui comptera pourtant sa première année au pouvoir le 7 février prochain.

Il fait des promesses en matière d’assainissement, sans nommer une seule fois Port-au-Prince. Jovenel Moïse, sur ce front, pour que les Haïtiens et les Haïtiennes ne vivent plus dans l’insalubrité, promet des équipements à 16 municipalités urbaines peuplées en dehors de la zone métropolitaine. Pour la zone métropolitaine cependant, le chef de l’État indique que la production journalière de détritus est de 3 000 tonnes métriques par jour. Plus de 70 % constitue des matières organiques capables de produire du biogaz, du composte,190 000 tonnes d’engrais et 72 mégawatts d’électricité, explique Jovenel Moïse, sans souligner qu’il n’est pas le premier chef d’État à faire des plans sur cette comète fatras qui génère de la richesse en Haïti ces dernières années.

Le président Jovenel Moïse, qui n’a rien dit qui pourrait ressembler à une réponse aux propos racistes de Trump le 11 janvier et démenti, le jour d’après, en mode propagande, est revenu sur la caravane et de multiples projets dont il n’a pas évoqué les sources de financement.

Jovenel Moïse, avec beaucoup d’empathie, croit qu’il faut penser aux victimes encore vivants du séisme, ceux ayant subi des handicaps dans leurs corps et dans leurs âmes. Prompt à mettre en avant la solidarité, le président Jovenel Moïse soutient que le peuple haïtien, courageux, peut relever tous les défis pour atteindre ses objectifs.

 

Autour du président, autour de la cour du palais national, aucun signe de recueillement populaire n’était perceptible. L’horizon est bouché par d’imposants bâtiments publics en reconstruction, par les traits de Fort national, un mélange de bâtis à étages en béton blanchis et de maisonnettes en tôles bouffées par la houille. Impossible à voir depuis l’avenue de la République, il y a les ruines de la cathédrale, morne l’Hôpital et ses bidonvilles perchés, avec vue sur la cour du palais national, au cœur de Port-au-Prince, traité presque comme un fils illégitime par Jovenel Moïse qui ne rate pas l'occasion de rappeler qu’il est issu de la province. La renaissance de la capitale, huit ans après le séisme, n’était pas dans le discours du président qui pose la première pierre pour la reconstruction du palais. Petit joyau annoncé à Port-au-Prince où les rues sont sales et défoncées, les terrains vagues du centre commercial deviennent des décharges sauvages, cannibalisant l’espoir d’un lendemain meilleur pour cette ville presque tricentenaire.

Aux abonnés absents, il n’y avait pas seulement l’annonce d’un plan Marshall pour Port-au-Prince. Cette fois, dans un contexte d’incendie d’un « hounfor » à rivière Froide (Carrefour), de trois jours de prière demandés par le chef de l’État, l’absence de l’ati national, du roi des vaudouisants ou d’une mambo « asogwè » a laissé planer quelques interrogations et le refus de croire à une exclusion de la religion vaudou à cette cérémonie ayant donné l’occasion utile de se recueillir et de renouveler des promesses décalées par rapport à la réalité de mieux construire pour réduire les pertes en vie humaine et matérielles lors d’un nouveau séisme majeur.

Roberson Alphonse

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