Seulement une révolution urbaine tranquille peut sauver les grandes villes d’Haïti

pour parler d'urbanisme et d'aménagement du territoire, l’architecte urbaniste Leslie Voltaire a cité le rapport de la Banque mondiale 2018 qui a précisé qu’entre 2000 et 2015, la population urbaine haïtienne a augmenté de 3,6 %, plus rapidement que la moyenne dans les pays des Caraïbes et a doublé en taille pour passer légèrement en dessous de 3 millions de personnes à presque 6 millions. Comme solution à ce problème qui ronge actuellement les grandes villes d’Haïti, entre autres Port-au-Prince et Cap-Haïtien, l’ancien candidat à la présidence a proposé le chemin de la révolution urbaine tranquille avec la participation citoyenne en coopération avec l’État.

Leslie Voltaire définit par révolution tranquille la présence d’infrastructures routières dans les milieux ruraux, de l’eau potable pour tous, des entreprises privées et publiques, des hôpitaux, des écoles de qualité et des universités. Car, souligne-t-il, l’étalement urbain soulève une série d’enjeux sur le futur des villes en termes de compétitivité économique, de cohésion sociale et de protection de l’environnement. En réaction à la ville étalée, est apparu le modèle de la ville compacte. Considérée comme étant davantage en adéquation avec les principes de durabilité. Cette forme urbaine, dit-il, se caractérise notamment par des densités élevées, un urbanisme de trajets courts, une forte accessibilité, une mixité fonctionnelle, une articulation accrue aux différents réseaux de transports en commun.

L’urbaniste Leslie Voltaire a en outre déclaré que jusqu’à 35 % des citadins n’ont pas accès à une source d’eau améliorée. Il a ajouté que deux tiers des citadins n’ont pas d’assainissement amélioré et que près de 8 % des résidents urbains pratiquent la défécation en plein air. « Haïti a le taux de collecte de déchets solides le plus bas de la région », a en croire M. Voltaire.

En ce sens, l’ancien ministre de l’Education nationale martèle que le problème de nos villes provient d’un manque de gouvernance. « Les villes se développent sans coordination ni réglementation, ce qui renforce leur exposition aux risques de catastrophes naturelles. Haïti est l’un des pays au monde les plus exposés aux catastrophes naturelles multiples. Plus de 93 % de son territoire et plus de 96 % de sa population sont exposés à au moins deux risques de catastrophes », souligne-t-il.

Leslie Voltaire, pour étayer sa thèse, continue de s’appuyer sur des chiffres du dernier rapport de la Banque mondiale. « Aujourd’hui, plus de la moitié de la population haïtienne est installée dans les villes et les bourgs, ce qui représente un changement majeur par rapport aux années cinquante, où environ 90 % des Haïtiens vivaient à la campagne », rappelle-t-il.

Pour Leslie Voltaire, l’urbanisation n’est pas allée de pair avec la croissance économique. Aujourd’hui, selon lui, le manque de connectivité au sein des villes haïtiennes gêne les marchés du travail intégrés ainsi que l’accès aux opportunités économiques. « Même en tenant compte des variations dans les différentes régions, l’accessibilité aux opportunités économiques est limitée dans les villes haïtiennes. Le transport public dans les zones urbaines est inabordable pour de nombreuses personnes, ce qui limite leur accès aux opportunités économiques, notamment pour les ménages les plus pauvres », explique-t-il, soulignant au passage que le transport motorisé est lent et prend beaucoup de temps à Port-au-Prince principalement à cause de la combinaison du manque d’infrastructures routières, du mauvais entretien des routes et de l’utilisation sous-optimale de la voirie.

« Il y a empiètement sur l’espace public lorsque les trottoirs sont utilisés par les marchands pour vendre leurs produits et que les piétons n’ont donc plus d’autre option que de marcher sur la chaussée. Parallèlement à l’utilisation des routes par les piétons, l’espace consacré aux routes est également occupé par des véhicules en stationnement. Ces facteurs combinés entraînent des pertes de vitesse importantes et des risques accrus d'insécurité pour les piétons », dénonce l’ancien ministre des Haïtiens vivant à l'étranger (2001-2004).

Pour améliorer l’espace réservé à la circulation automobile, croit Voltaire, il est nécessaire de libérer la chaussée pour la circulation au lieu qu’elle soit encombrée par les véhicules en stationnement et les piétons. Parallèlement, ajoute-t-il, les trottoirs doivent donner la priorité à la mobilité des piétons et non aux activités des vendeurs ambulants. L’entretien des routes, la réparation des nids-de-poule et des surfaces routières inégales peuvent, renchérit Voltaire, permettre d’économiser des coûts d’entretien et le temps de déplacement.

« En ce sens, la première étape serait de réalimenter le fonds d’entretien routier qui existe en Haïti. À plus long terme, des voies dédiées aux transports collectifs pourraient être une approche prometteuse pour réduire les durées de déplacement dans les zones urbaines », conseille-t-il.

Le professeur d’université a par ailleurs fait remarquer que l’accessibilité réduite contraint les familles à s’installer plus près des emplois, ce qui peut s’avérer être un inconvénient puisque les terrains et les logements y sont généralement plus chers, ce qui force à son tour ces familles à vivre dans des conditions basiques et donc à entretenir le phénomène des bidonvilles centraux que l’on trouve par exemple dans de nombreuses villes africaines.

En dépit de l’amélioration des recettes fiscales du pays, en passant de moins de 10 % du PIB en 2004 à 12,6 % du PIB en 2014, Haïti reste le pays le moins performant en matière de mobilisation de recettes dans les Caraïbes, se désole Voltaire. Et d’ajouter : « Les gouvernements municipaux ne sont pas en mesure de fournir des infrastructures et des services adaptés du fait de la décentralisation incomplète et du faible cadre juridique des finances municipales. »

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